L’adolescence ne tient pas dans une case. Elle glisse, s’étire, parfois surprend, et surtout, elle résiste à toute tentative de la faire rentrer dans un calendrier universel. Entre l’enfance qui se dissipe et l’âge adulte qui s’annonce, cette période bouscule autant qu’elle construit. Mais à quel moment bascule-t-on vraiment de l’adolescence vers autre chose ? Difficile d’y coller une date précise, tant la réponse dépend de la personne, de la société, du contexte.
Définition officielle de l’adolescence
On grandit, on change d’étape, mais la frontière entre l’enfance et ce qui vient après conserve bien des zones grises. L’enfance ne s’arrête pas d’un seul trait, elle se retire peu à peu pendant que s’installe l’adolescence, tour de montagnes russes physique, mentale et sociale. L’adolescence, justement, est peut-être la période la moins simple à cadrer. Où commence-t-elle ? Où s’achève-t-elle ? Le consensus, sur ces questions, fuit constamment. Certains voient le vrai point de départ à la puberté, d’autres préfèrent le situer sur le terrain des droits civiques ou encore suivant la culture dont on parle. Impossible de s’accorder, car aucun de ces repères ne reste vraiment fixe avec le temps. Preuve en est : on ne dispose toujours pas d’une définition universelle pour jalonner ce passage.
Définition selon le Larousse
Pour le dictionnaire médical, l’adolescence se conçoit comme une phase charnière, celle qui relie deux mondes : celui de l’enfant, celui de l’adulte. Selon ce point de vue, tout démarre avec la puberté, généralement entre 11 et 13 ans chez les filles, de 13 à 15 ans chez les garçons. Cette période se vit sous le signe des bouleversements physiques, des remaniements de la pensée et, bien sûr, de nouvelles attentes sociales. L’Organisation Mondiale de la Santé, de son côté, étend la période adolescente de 10 à 19 ans, y voyant un moment déterminant pour jeter les bases de la santé future. Dans cet intervalle, le corps prend ses aises, l’esprit évolue, et les injonctions extérieures ne cessent de croître.
Le point de vue des psychologues
Les psychologues choisissent souvent de morceler cette longue traversée en étapes distinctes, chacune marquant un pas supplémentaire vers l’âge adulte.
Première étape
La toute première, connue sous le nom « ado-naissance », s’étire à partir de 10-11 ans jusqu’à 13-14 ans environ. C’est l’instant où l’on sent les jeux de l’enfance perdre leur saveur, où la voix, l’apparence, le regard sur soi-mêmes et sur le monde prennent une toute nouvelle dimension.
Deuxième étape
Puis arrive la mi-adolescence, de 13-14 ans à 16-17 ans. L’éveil à la sexualité change la donne, la question de l’identité devient brûlante. Les valeurs et repères d’hier s’effritent parfois, le besoin d’expérimenter s’affirme, les ruptures avec un passé encore tout proche se produisent.
Troisième étape
Ensuite, lorsque l’on franchit le cap des 17 ans, s’ouvre la dernière période adolescente. L’enveloppe physique se stabilise, les émotions s’apaisent quelque peu, la pensée devient plus mature. Un adulte se dessine en filigrane, et la distance avec l’enfant d’avant saute aux yeux.
Quid de la durée de l’adolescence : pourrait-elle se prolonger bien plus qu’on ne le croit ?
Des études récentes rebattent les cartes : selon un groupe de chercheurs, l’adolescence ne se limiterait plus à la majorité, mais s’étirerait de 10 à 24 ans. Voilà des chiffres qui bouleversent les repères traditionnels, mais qui reflètent aussi notre époque : études poussées, entrée tardive dans la vie professionnelle, prise d’indépendance différée. Pour beaucoup, on reste adolescent plus longtemps, contraint ou par choix.
Le début et la fin de la puberté, désormais, s’ancrent aussi dans des réalités démographiques. L’âge des premières règles, par exemple, régresse en Occident : environ 15 ans en 1850, 13 ans dans les années 1950, puis autour de 12 ans aujourd’hui en France. Et la maturité biologique n’est pas tout : même lorsque le corps a grandi, le cerveau continue à évoluer encore après vingt ans. Il arrive que les dents de sagesse percent jusqu’à vingt-cinq ans. Tout cela illustre que la biologie elle-même refuse les frontières strictes.
Au final, impossible de figer l’adolescence sur une grille. Elle avance par à-coups, s’étire ou se resserre, échappe à toute tentative de la domestiquer. Certains fermeront ce chapitre à l’entrée dans l’enseignement supérieur, d’autres beaucoup plus tard, à la première fiche de paie ou au détour d’un événement inattendu. Jamais d’alarme ni de rubicon clairement identifié : souvent, ce n’est qu’en jetant un regard en arrière qu’on réalise qu’un jour, sans bruit, l’adolescence a laissé la place à une nouvelle version de soi-même.


